Frédéric Bastiat : une pensée lumineuse
Le 28 août 2005
Monsieur le Premier Ministre,
Mon petit-fils aura 2 ans au moment où expirent les cent jours que vous vous êtes fixés pour changer durablement la vie des Français. A la lumière de cette perspective, je prends la liberté de
vous écrire publiquement, afin d'avoir une réponse cohérente à trois de mes préoccupations majeures qui touchent les générations futures dont font partie nos petits-enfants.
1. En effet, ce sont 100.000 euros de dettes qui pèsent déjà sur leurs petites épaules, alors qu'ils ne savent encore ni lire, ni écrire.
2. Vous êtes le premier, parmi près de six millions de fonctionnaires, à représenter plus de 50% des seules dépenses de l'Etat, avec un déficit record du budget de la nation, souvent dénoncé mais
jamais résorbé, classant la France parmi les plus mauvais élèves de l'Europe, avec un nombre de fonctionnaires des plus élevés.
Et pourtant, vous représentez à peine 20% de la population active, que certains qualifient de France d'en haut, alors que celle d'en bas, dans laquelle des millions de Français peuvent se
reconnaître comme une partie intégrante de cette population laborieuse qui n'a jamais su ce que sont les 35 heures, les 6 à 10 semaines de congés payés, les meilleures retraites, la garantie
d'emploi à vie et qui par leurs efforts, leurs sacrifices et leurs silences pensent avoir largement contribué à atténuer cette fracture socale que le Président de la République redoutait tant
!
3. Monsieur le Premier Ministre, je ne vous surprendrai pas en vous annonçant d'ores et déjà combien les Français ne sont pas dupes et savent qu'à peine vos cent jours expirés, ils vont assister
impuissants aux ballets habituels de grèves avec leurs cortèges de revendications et de frustrations, émanant le plus souvent des catégories sociales les plus nanties, celles-là mêmes supposées
être rémunérées pour assumer en priorité ce qui constitue leur premier devoir civique : le bon fonctionnement du service public.
Je pourrais ainsi vous allonger, d'une manière interminable, la liste des faits concrets qui tapissent, perturbent et empoisonnent la vie quotidienne d'un grand nombre de nos concitoyens, qui
sont pris en otage plusieurs fois par an à cause de conflits qui opposent sans cesse les syndicats aux pouvoirs publics dans une spirale dangereuse, une guerre sans fin, au détriment d'une
majorité silencieuse, impuissante, ne pouvant que subir cette dégradation du climat social, vécue comme une espèce de fatalité, qui dure depuis plus de trente ans, alors que le nombre de
fonctionnaires a quadruplé pendant cette même période.
Qu'allez-vous faire de nouveau qui soit susceptible d'inverser cette tendance infernale ? Pourtant, bien avant vous, Claude Allègre, ancien ministre de l'Education, avait tenté de modifier le
paysage français en voulant dégraisser le mammouth, en vain !
Si une fois de plus les décisions gouvernementales vont se caler sur les prochaines échéances électorales de 2007 qui, comme à l'accoutumée, se résument à de beaux discours ou à des actions coups
de poings destinées à désamorcer des situations sociales explosives, sans jamais songer à extirper les racines profondes du mal, on va, Monsieur de Villepin, vers plus qu'une fracture sociale,
vers une libanisation en puissance de la société française.
Comment voulez-vous que des Français, toutes sensibilités politiques confondues, puissent continuer à vous faire confiance quand depuis un quart de siècle, ils assistent blasés à la décomposition
des deux plus grandes formations républicaines, de gauche comme de droite, qui représentaient des valeurs sûres. La France, le monde le reconnaît, réussit brillamment dans de nombreux secteurs,
de l'aéronautique à l'agroalimentaire, des nouvelles technologies aux industries de pointe, du tourisme à l'espace culturel et artistique, et cependant, elle est malade, et je dirais gravement
malade de ses dissensions internes, de ses divisions, et de la perte quasi-totale des valeurs qui ont fondé la Vème République.
Monsieur le Premier Ministre, n'attendez pas qu'elle soit grabataire ou dans le coma pour agir, car nous savons le peu d'efficacité que peuvent avoir les thérapies de choc dans ce genre de
situations. Durant ma longue expérience médicale de biologiste, j'ai appris que pour vaincre la maladie, il faut d'abord respecter une règle fondamentale : déterminer son éthiologie ! Le
diagnostic du mal, maintes fois rappelé par des experts compétents et impartiaux, s'articule autour de trois remèdes :
1) Il faut moins de fonctionnaires dans certains secteurs, et plus dans d'autres, c'est ce savant dosage qu'il vous faudra trouver et dont dépendra le salut de la France. Un chef d'entreprise qui
se respecte doit assurer la postérité, avant de penser à la cohésion sociale ou à la solidarité, car avec des caisses vides, on n'a jamais pu nourrir les plus démunis, ni même leur assurer un
minimum de dignité ! Il est temps que la classe politique comprenne que les Français sont adultes, et qu'elle ne peut les leurrer par des discours démagogiques qui entretiennent l'assistanat,
sans jamais résoudre le cancer du chômage, afin de ne pas heurter une minorité privilégiée dont vous faites partie !
2) Il faudrait plus qu'une révolution culturelle et morale, un miracle, pour que les Français vous fassent confiance et comprennent enfin combien il est urgent et important que l'Education
nationale soit exemplaire dans sa mission éducatrice ; car vous le savez bien, d'elle et de la qualité de son enseignement dépend l'avenir de nos jeunes générations.
Je suis moi-même un émigré, originaire du pays du Levant, bien placé pour vous dire que j'ai bénéficié dans mon pays d'origine de la qualité des enseignants français, qu'ils soient laïcs ou
religieux. Ils nous ont tellement bien éduqués qu'on a fini par aimer leur culture !
Il y a exactement vingt ans, j'étais invité par Jacques Toubon, ancien ministre, qui appartient à la même sensibilité que la vôtre, pour participer à un débat avec une dizaine de chefs
d'entreprises venus des quatre coins de France.
Le thème : "Que proposez-vous pour changer la France ?" Nous étions sous l'ère de François Mitterrand.
Au bout de deux heures de débats et d'échanges, une synthèse semblait faire l'unanimité, elle se résumait en deux mots : "Moins d'impôts".
Dieu seul et le Trésor public savaient qu'à Espalion j'étais un bon contribuable, mais ma voix à l'époque ne pesait pas lourd, dans un concert qui refusait tout débat sur l'éducation de la
génération 2000, privilégiant la voie fiscale comme source de salut !
Ma voix, la seule du groupe, résonnait ce jour comme "une voix dans le désert". On dit, Monsieur le Premier Ministre, que "nul n'est prophète en son pays", peut-être le serai-je dans le vôtre
pour la deuxième fois consécutive ? En effet, nous sommes vingt ans plus tard, et cette fois-ci le temps presse, un peuple éclairé pardonne assez facilement les erreurs des hommes politiques,
mais il a du mal à assimiler les corruptions, les promesses jamais tenues, les scandales financers, en un mot les trahisons.
3) "L"Ethique", ce mot qu'on ose enfin prononcer dans les coulisses de Matignon, ou à la Chambre des Députés, dès lors qu'il s'agit des manipulations génétiques !
Ce mot, à lui seul, peut constituer le troisième remède dont a besoin la France.
C'est en son nom, sous un gouvernement de droite, qui Simone Veil, ministre de la Santé, légalise l'IVG, et paradoxalement, c'est un ministre de gauche, Robert Badinter, qui sous François
Mitterrand va abolir la peine de mort, y compris pour les crimes les plus odieux, réhabilitant du coup le sens de la vie, au nom d'un même principe, "l'Ethique".
Aujourd'hui, nous ne sommes pas loin de légaliser l'euthanasie, et demain peut-être l'homicide volontaire, croyant agir au nom de "l'Ethique", avec l'espoir de diminuer le nombre des suicides,
particulièrement chez les jeunes.
Les médias vous ont désigné comme le Chevalier Blanc de ce gouvernement, un titre qui vous va à merveille.
On dit que la France est le plus beau pays du monde, je veux bien le croire, il a seulement besoin aujourd'hui d'hommes courageux et volontaires qui travaillent à la réconciliation du public et
du privé, ce qui ne peut que profiter aux générations futures.
Enfin, le mot Démocratie aurait un sens plus attractif, si les hommes modérés de gauche comme de droite unissaient leurs efforts en vue d'un même combat : celui de la France.
Je vous remercie, Monsieur le Premier Ministre, de l'attention que vous accorderez à cette lettre, je l'assume avec la conviction de servir mon pays, ma famille, la liberté, si chère au coeur de
tous les Français.
Je vous assure de ma gratitude, de mon encouragement et de ma respectueuse considération.
Jean-Claude Antakli
"Itinéraire d'un Chrétien d'Orient"
Editions François-Xavier de Guibert